Le mythe fondateur du Japon est une histoire entre ciel et mer

Au Japon, la mythologie a longtemps été directement reliée à la fondation du pays. Jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la famille impériale est considérée comme divine, car le premier empereur nippon serait le petit-fils de la déesse du soleil.

Aux origines de la mythologie japonaise, il y a les contes et légendes shinto(ïstes). Religion, philosophie, spiritualité, et pilier de la culture japonaise, le shinto(ïsme) ne peut être pratiqué que par les Japonais. Si on est non-nippon (comme moi), il est plus respectueux d’employer le terme « shinto » que « shintoïsme/ïste ». Mélange d’animisme et de polythéismes, le shinto considère chaque parcelle de nature, de vivant comme divine et sacrée. Chacune est protégée et représentée par un ou plusieurs kamis qui inspirent aux êtres humains une crainte respectueuse.

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Le grand torii flottant du sanctuaire shinto d’Itsukushima (préfecture d’Hiroshima) fait partie des lieux les plus célèbres de l’archipel nippon. Il est parfois nommé « la porte du Japon ». Source : m1infodoccelinej.wordpress.com

Mêlé au bouddhisme jusqu’en 1868 (ère Meji), le shinto régit la vie sociale et personnelle en incitant à se rapprocher de la nature et à se réjouir de l’existence. La morale shinto est très simple et consiste à éviter les « gros pêchés » : mensonge, adultère, viol, meurtre. Par sa nature, le shinto est incompatible avec d’autres religions puisqu’il n’existe aucune doctrine établie mais une infinie de pratiques qui peuvent varier selon les régions, les villes, les familles.

Deux livres de référence à propos du shinto et de la mythologie japonaise ont été répertoriés par les historiens nippons. Kojiki est le plus ancien recueil de ces histoires inventées par le peuple nippon. L’ouvrage Shintoshu explique la genèse des déités avec une approche bouddhiste. Hotsuma Tsuta et Nihonshuhi sont deux  textes historiques évoquant également la mythologie japonaise, mais les versions divergent trop pour s’y fier, surtout concernant le mythe fondateur.

La genèse du monde selon le shinto

Au tout début du monde, quand la Terre et les cieux n’était que chaos, les cinq déités primitives, créatures célestes asexuées apparurent à Takama-ga-hara, « la haute plaine du paradis » (en opposition au Yomi, « le monde souterrain », le royaume des morts, les Enfers).  Elles se nommaient Kotoamatsumakami, les « divinités des cieux distingués », et leur rôle, bien que figuratif, reste important puisqu’elles incarnent les différentes forces qui dirigent le monde.

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Vision du Takama-ga-hara , la « haute plaine du paradis » par les artistes SammiRose & Dmitri. Source : Sammirose-and-dmitri.deviantart.com

Vinrent ensuite au monde deux paires de déités dont Kuninotokotachi (« le dieu qui existe perpétuellement en tant que nation ») et Toyokumono (« le dieu des nuages abondants et des champs fructueux »), suivies de cinq autres paires de déités, toutes sans genre, hormis la dernière, composée d’une femme et d’un homme : Izanami et Izanagi. L’ensemble de ces paires de déités est appelé Kamiyonanayo, les « sept générations de dieux ».

La mythologie shinto/japonaise regroupe de très nombreuses divinités aux noms longs et complexes pour les non-nippons. Cependant plusieurs d’entre elles se démarquent particulièrement puisqu’elles serviront pendant des siècles à expliquer la création du Japon, de ses différentes îles et de la famille impériale.

Le couple créateur Izanami-Izanagi et leurs enfants difformes

Issue de la dernière paire de déités, Izanami, « celle qui invite », est la déesse de la mort et de la création, ainsi que la première femme d’Izanagi (son binôme divin), avec qui elle fonde la première Terre en brassant la mer à l’aide de la lance céleste (Ame no nukoko). De leur union naît Yebisu et Awashima no kami. Divinités difformes, les deux enfants furent abandonnés à la mer et non-considérés comme des êtres divins car mal formés. Awashima resta la kami de l’île des bulles/de l’écume, mais son frère connu un futur plus radieux.

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Izanami et Izanagi sur le pont céleste. Estampe de l’artiste japonais Utagawa Hiroshige datant de 1849-50, Museum of Fine Arts of Boston. Source : Ukiyo-e.org

Ebisu ou Yebisu est le dieu des pêcheurs, des marchands et de la prospérité. Enfant de l’eau, troisième fils du couple créateur, Yebisu est confié à la mer dès sa naissance, dans une barque de joncs. Associé Daikouken, le dieu de la fortune, Yebisu est réputé pour être dur d’oreille ; avant de le prier, ses fidèles font toujours beaucoup de bruit. Il a pour symbole le bar et la morue. Depuis le XVIe siècle, il fait l’objet d’une fête le 10 janvier (le 20 octobre à Osaka), aujourd’hui commerciale avant tout.

L’histoire d’Izanami et d’Izanagi ne s’arrête pas à la naissance et à l’abandon de leurs deux premiers enfants. Le couple créateur se chargea de poursuivre sa mission créatrice et confectionna les huit grandes îles du Japon : Awazi, Iki, Iyo (aujourd’hui Shikoku), Ogi, Tukusi (actuelle Kyushu), Tusima, Sado, Yamato (actuelle Honshu). Dans l’Antiquité Hokkaido, Okinawa et Chishima ne font pas partie du territoire japonais). Plus tard (très exactement après l’épisode aux Enfers, mais c’est une autre histoire), Izanami et Izanagi créèrent six îles supplémentaires ainsi que de nombreuses divinités dont Amaretasu, Tsukuyomi et Susanoo.

Amaretasu, la déesse du soleil et ses frères Tsukuyomi et Susanoo

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Les trois enfants D’Izanagi. Dessin de Calur. Source : Deviantart.com

Relié à la Terre par Ame no ukihashi « le pont céleste », le lieu de résidence des kamis, le Takama-ga-hara, est le royaume d’Amaretasu, la déesse du soleil et la plus importante des divinités nippones. Elle serait l’ancêtre de tous les empereurs japonais (dont le premier est Jinmu Tenno), et figure symboliquement sur le drapeau japonais sous la forme d’un soleil rougeoyant, avec ou sans ses rayons. Amaretasu aurait introduit sur l’archipel la riziculture, la culture du blé et les vers à soie. Née de l’oeil gauche de son père Izanagi, elle a pour frère Tsukuyomi, le dieu de la lune, et Susanoo, le dieu de la mer et des vents.

Comme sa soeur, Tsukuyomi est né de l’oeil de son père (mais du droit) lorsque celui-ci se lavait après son périple aux Royaume des morts. Traditionnellement de sexe masculin, le dieu de la lune et de la nuit est considéré par beaucoup comme une divinité androgyne, dénué de genre distinct. Banni du paradis par sa soeur après avoir tué la déesse de la nourriture, il se trouve un autre morceau de ciel et y établit son royaume. C’est pourquoi le soleil ne rencontre que très rarement la lune. Si Tsukuyomi commet l’un des pires pêchés, il reste ensuite tranquille et très discret, contrairement à son frère Susanoo.

Le dieu des vents et de la mer naît au même moment que son frère et sa soeur ; lorsque leur père se lave après être revenu des Enfers. En revanche, Susanoo ne sort pas des yeux d’Izanagi, mais de son nez. Triste et colérique, il harcèle son père pour aller rendre visite à Izanami restée aux Enfers, détruit les rizières, conteste le pouvoir d’Amaterasu, l’insulte et salit sa demeure. Excédée, Amaterasu se réfugie dans une caverne, faisant ainsi disparaître la lumière du jour alors que Susanoo est banni du royaume céleste. Pour se faire pardonner et faire revenir sa soeur, il terrasse le dragon à huit têtes de Koshi et offre à Amaterasu l’épée sacrée de Kusanagi (l’équivalent d’Excalibur au Japon). En remerciement, la déesse du soleil fera de Susanoo le dieu de la fertilité.

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