Susanoo, « mâle impétueux » de la mythologie japonaise

Kami du vent et de la mer, Susanoo est l’une des déités shinto les plus populaires au Japon. Imprévisible, parfois triste, souvent violent, il est présent dans plusieurs légendes fondatrices de la culture nippone comme dans la culture moderne (à travers les mangas, anime, jeux-vidéo) et à l’origine d’une tradition particulière sur l’archipel.

Susanoo, Susano-wo, ou encore Susano no Mikoto, peut signifier « mâle impétueux » ou « rapide divinité impétueuse. D’emblée, le ton est donné. Le kami des mers et du vent est un être colérique et violent. Peut-être parce que contrairement à sa soeur Amaterasu et son frère Tsukoyomi, il n’est pas né des yeux de son père Izanagami, mais de son nez. Par conséquent, Susanoo créée des ennuis à sa famille dès son enfance. Il harcèle son père pour rendre visite à Izanami, (la compagne de son géniteur restée au royaume des morts), jusqu’à être chassé de la Terre, en l’occurrence, le Japon antique. C’est ainsi que Susanoo devient le dieu de la mer. Il décide alors de rendre visite à sa soeur.

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Triptyque représentant la fratrie. De gauche à droite : Tsukuyomi, Susanoo, Amaterasu. Source : Kyototradition.com

Déesse du soleil et ancêtre des empereurs japonais, Amaterasu a pour demeure la Plaine Céleste ; le Takama-ga-hara. Elle entretient avec Susanoo une relation conflictuelle depuis leur enfance. Quand il se présente à elle pour se plaindre de leur père, de sa décision, et s’octroyer la Plaine Céleste, Amaterasu le met au défi de créer des kamis mâles. Susanoo ne se démonte pas et sort de son sabre cinq kamis mâles aussi colériques que lui. Ayant remporté le défi, il se pense libre de détruire les digues et de ce fait les rizières. Il répand aussi ses déjections partout où il passe et tue un poulain qu’il dépose dans la maison de sa soeur.

Excédée et épuisée, Amaterasu se réfugie dans une caverne céleste, plongeant la Terre dans la nuit. D’après une légende plus récente ( vers 1200 – 1300 ; ère de Kamakura), Susanoo aurait aussi tué Uke-Mochi, la divinité de la nourriture. Les autres kamis n’en pouvant plus des actes de Susanoo, il le condamne à l’exil sur Terre en tant qu’être humain. Pour bien lui signifier la perte de son statut divin et de ses pouvoirs, ils lui arrachent les ongles et lui rasent la barbe avant de l’expulser en Izumo ; une ancienne province du Japon, aujourd’hui intégrée à la préfecture de Shimane, au nord de l’île de Honshu.

L’exil en Izumo et le combat contre le dragon à huit têtes

Banni des cieux et rendu mortel, Susanoo retourne sur la Terre et s’installe sur le mont Sentsu, près de la rivière Hii. En observant l’eau il aperçoit des baguettes flotter et, pensant qu’elles doivent appartenir à quelqu’un, décide de les suivre. Bientôt, il arrive sur le mont Sentsu où il entend des pleurs, puis voit des habitations, et un couple de vieillards accompagné d’une jeune fille. Tous les trois sont entourés par les villageois et tous sont en habits de deuil. Soudainement ému, Susanoo leur demande la raison de leur peine, alors le vieil homme lui raconta leur malheur.

Un dragon géant à huit têtes et huit queues avec des yeux rouges nommé Yamata no Orochi, terrorisait la région depuis sept ans en enlevant tous les ans des jeunes filles. Cette année ce serait leur fille aînée Kushinada-sama qui serait sacrifiée. Ses sept soeurs cadettes avaient déjà été offertes au dragon qui pouvait étendre son corps couvert de mousse, de cyprès, de cèdres, et de rivières de sang, sur huit vallées et huit montagnes. Susanoo proposa de sauver l’Izumo et Kushinada si celle-ci devenait sa femme et que les villageois lui obéissaient aveuglement. Tout le monde accepta le marché.

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Triptyque représentant de gauche à droite : le dragon Yamata no Orochi, Susano, le couple de vieillards et leur fille Kushinada. Source : Sakura-house.com

Susanoo ordonna aux villageois de construire une gigantesque palissade autour des maisons, et de la percer de huit trous sous lesquelles il fit placer d’énormes jarres. A minuit, le dragon arriva et pensa d’abord à réduire la palissade en cendres mais il sentit une douce effluve de saké. Attiré par l’odeur de l’alcool, Yamata no Orochi plongea chacune de ses huit têtes à travers les huit ouvertures. Chacune trouva une énorme jarre rempli d’un saké très fort et commença à boire. Après avoir bu pendant plusieurs heures, le dragon était si ivre que Susanoo parvint à en venir à bout à lui seul.

Réconciliation et création

Lors de son combat avec Yamata no Orochi, Susanoo avait brisé son épée en heurtant quelque chose de dur dans l’une des huit queues. Il les dépeça toutes et dans celle du milieu il trouva l’épée de Kusanagi « l’épée qui assemble les nuages » ; l’équivalent d’Excalibur au Japon et l’un des trois trésors de l’archipel nippon. Pour se faire pardonner de ses actes passés, Susanoo donna l’épée en offrande à sa soeur Amaterasu qui accepta et sortit de sa caverne. Plus tard elle offrit l’épée à ses descendants dont le premier empereur du Japon. Le kami de la mer et du vent devint l’un des plus respecté et emblématiques de la mythologie nippone.

Ses pouvoirs retrouvés, Susanoo aurait pu se bâtir un palais dans la mer ou dans le ciel. Il préféra honorer son marché et se maria avec Kushinada. Ils devinrent les souverains de l’Izumo, eurent de nombreux enfants, et fondèrent une dynastie. Quand le kami parti rejoindre Izanami aux Enfers, le descendant d’Amaterasu hérita du monde visible et les descendants de Susanoo, du monde invisible (la médecine, la magie, l’exorcisme et le surnaturel). C’est également en Izumo que les kamis ont jeté les poils de barbe de Susanoo avant de l’y exiler, ce qui a donné naissance à une immense forêt. Depuis Susanoo est l’un des maîtres des forêts, en plus d’être le responsables des tempêtes et le kami des vents et des océans.

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Le sanctuaire Yaegaki dans la préfecture de Shimane est réputé pour favoriser les mariages heureux et avoir accueilli le premier mariage du Japon : celui de Susanoo et Kushinada. Source : Decouvrezmatsue.wordpress.com

Fonder une famille et une dynastie n’enleva pas à Susanoo son caractère. Le kami était toujours capable de dévaster la Terre, de fracasser les arbres et les maisons, d’inonder les récoltes, et de faire tomber la foudre ; soit parce que des humains l’avaient offensé, soit par ennui, colère, tristesse ou plaisir. Il lui arrivait aussi de provoquer de faibles tempêtes tout en continuant à aider les gens lors de ses voyages. Un jour, il rencontra un vieillard souhaitant protéger sa demeure de la peste. Le kami lui dit de mettre une corde de paille tressée au dessus de l’entrée de sa maison. La légende est devenue une tradition, et on trouve encore aujourd’hui des cordes de pailles tressées à l’entrée des sanctuaires shinto et le long des routes et chemins de montagne.

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