Les sirènes de la Grèce Antique à l’actuelle Afrique

Les sirènes sont des créatures du folklore marin par excellence. Aussi mouvantes que la mer, elles changent d’apparence en fonction des régions et époques. D’abord décrites dans la Grèce et la Rome Antiques comme des femmes au corps d’oiseau, les sirènes deviennent femmes-poissons au Moyen-Age. Depuis, elles ont inspiré les légendes et la littérature européennes mais aussi une partie de l’Afrique occidentale et des Caraïbes où elles sont toujours célébrées.

Les sirènes de l’Antiquité

Dans L’Odyssée d’Homère les sirènes sont des divinités marines vivant à l’entrée du détroit de Messine en Sicile. Ce sont des musiciennes et des chanteuses exceptionnelles qui envoûtent les navigateurs avec leurs mélodies, et leur font perdre le sens de l’orientation. Une fois les bateaux fracassés sur les récifs, les sirènes dévorent les hommes à bord avant de se prélasser dans l’herbe près du rivage. Homère évoque quatre sirènes ; Aglaophème (« celle à la réputation brillante »), Thelxiépie (« celle qui méduse par le chant épique »), Pisinoé (« celle qui persuade ») et Ligie (« celle au cri perçant ») ; la tradition n’en retient que trois. Le célèbre poète grec ne fait en revanche aucune description des sirènes, car leurs origines ne sont pas claires.

Selon la mythologie grecque, les sirènes ont un corps d’oiseau et une tête de femme. Elles sont les filles du fleuve Achéloos et de Calliope, la Muse du chant, et vivent sur plusieurs petites îles à l’ouest de la Sicile. Pour les Romains, les sirènes sont au départ des femmes normales et leur apparence est une conséquence de la colère des dieux. Un mythe raconte qu’elles sont les amies de Coré (future Perséphone) qui ont laissé Hadès l’emmener aux Enfers. Pour les punir, Zeus transforme les femmes en chimères et les obligent à chanter des prophéties et louanges faisant écho au royaume d’Hadès. Les archéologues ont d’ailleurs retrouvé beaucoup de stèles funéraires ornées de sirènes. Dans un autre mythe, c’est Aphrodite qui donne aux femmes des corps d’oiseaux pour les punir d’avoir voulu rester vierges.

Les sirènes sont des créatures sures d’elles et très fières de leurs talents en chant et en musique. Elles le sont tellement qu’elles finissent par défier les Muses (les 9 filles de Zeus et Mnémosyne). Ces dernières remportent le défi et exigent une couronne faite des plumes des sirènes. Les vaincues s’exécutent et perdent ainsi leur capacité à voler. Après cet épisode les sirènes s’exilent au détroit de Messine où elles rencontrent les Argonautes mais surtout Ulysse. Le protégé d’Athéna parvient à franchir le détroit en bouchant les oreilles de ses marins avec de la cire et en s’attachant lui-même au mât du bateau. Face à cet échec, les sirènes se suicident en se jetant dans la mer.

Moyen-Age : Apparition des femmes à queue de poisson

La sirène mi-femme mi-poisson apparaît dès l’Antiquité en Scandinavie sous le nom de Margy (« la géante des mers »). C’est un monstre marin géant qui ressemble à une femme jusqu’à la ceinture. Le reste du corps a l’apparence de celui d’un poisson. Au VIIe siècle, le moine anglais Aldhelm de Sherbone déclare avoir vu des sirènes et les décrit comme des « jeunes vierges à queue de poisson couverte d’écailles. » Peu à peu, les femmes oiseaux cèdent la place aux femmes poissons dans les églises et sur les tombes. Au XVe siècle les sirènes volantes disparaissent au profit des sirènes aquatiques.

A la Renaissance, les grandes explorations renforce les légendes maritimes et plus encore celles des sirènes. Christoph Colomb dit en avoir croisé trois fois en 1493 près des côtes de Saint-Domingue. Des siècles plus tard, en 1850, des marins américains racontent avoir vu une sirène non loin des îles Sandwich (Hawaï). Aujourd’hui, il est avéré que ces navigateurs n’ont croisé aucune sirène mais des lamantins et des dugongs. Ces gros mammifères marins à la longue queue et aux cris plaintifs vivent dans les eaux peu profondes des lagunes, des estuaires et des archipels. Mais ça personne ne le sait au XIXe siècle, et le roman La Petite Sirène d’Hans Christian Andersen vient juste d’être publié.

Depuis le XVe siècle, l’intérêt pour les sirènes n’a cessé de grandir. Entre temps, les légendes de sirènes ont été influencées par l’imaginaire celte qui rejoint curieusement la mythologie grecque. Comme les sirènes ailées, les sirènes aquatiques séduisent et envoûtent les marins avec leurs chants puis les emmènent au fond de la mer pour les manger. En 1835, l’écrivain danois Hans Christian Andersen fait de la sirène une héroïne romantique à la recherche de l’amour d’un être humain. La Petite Sirène est un succès et l’image de la sirène tentatrice et dangereuse s’effrite. Un siècle et demi plus tard, les studios Disney adapte le roman d’Andersen en dessin animé, et ajoutent à l’oeuvre originale des éléments de la culture populaire.

sirène andersen
L’héroïne d’Andersen dans le port de Copenhague au Danemark. Sculpture d’Edvard Ericksen réalisée en 1913. Photo de Tuqn Hoang Nguyen. Source : Momondo.fr

Mami Wata, la sirène africaine et caribéenne

Parce qu’elles viennent de la mythologie scandinave et qu’elles ont été décrites par des moines anglais au Moyen-Age, les sirènes aquatiques sont souvent nommées « sirènes nordiques » pour les différencier des sirènes de la mythologie grecque. Pourtant les femmes poissons n’ont pas pour unique origine le Nord de l’Europe. Elles sont aussi très présentes dans les légendes africaines, caribéennes et dans certaines régions d’Amérique du Sud et du Nord. La plus connue est sûrement la divinité éwé de l’eau Mami Wata, aussi appelée Yemaya, qui fait encore aujourd’hui l’objet d’un culte.

Décrite comme une femme exceptionnelle, puissante et d’une grande beauté, Mami Wata a les cheveux noirs bouclés ou crépus qu’elle coiffe à l’aide d’un peigne en or. Sa peau est noire, ses yeux grands et brillants. Elle porte des vêtements très élégants et de nombreux bijoux qui représentent le caractère aveuglant et la nature dangereuse de la divinité. Elle est souvent accompagnée d’un grand serpent, symbole de divination. D’après le culte africain Vodoun, Mami Wata enlève ses adeptes ou des personnes au hasard lorsqu’ils nagent ou naviguent. Elle les emmène ensuite dans son royaume situés sous l’eau. Les personnes autorisées à partir reviennent sur terre dans des vêtements secs avec un nouveau regard sur le monde. Elles sont plus calmes, plus spirituelles et plus faciles à vivre.

A l’instar de ses congénères européennes et des divinités aquatiques du monde entier, Mami Wata est à la fois effrayante et séduisante, bienfaisante et dévastatrice. Une tradition nigériane explique que la divinité peut apparaître aux hommes sous la forme d’une prostituée. L’acte sexuel passé, la déesse demande secret et fidélité. Si l’homme respecte ces souhaits, il aura droit à la fortune et à la santé, sinon le malheur s’abattra sur son travail, ses finances et sa famille. Dans la tradition du vaudou haïtien, Mami Wata est la déesse des eaux et des pêcheurs. Elle représente aussi bien la mer nourricière que l’océan destructeur. Pour éviter la colère de la déesse, ses adeptes lui offrent de l’alcool, de la nourriture, des sodas et des bijoux et des vêtements de créateurs.

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2 commentaires sur “Les sirènes de la Grèce Antique à l’actuelle Afrique

  1. Merci pour ce merveilleux article ! Je suis fascinée par les sirènes depuis mon enfance, la lecture du conte d’Andersen m’a impressionnée, et que dire encore de « La Petite Sirène » de Disney, qui a marqué mon imaginaire pour toujours !

    Plus récemment, lors de mon arrivée en Bretagne, j’ai découvert le mythe de Mélusine, une fée à la queue de poisson et aux ailes de dragon. Une légende et un personnage fascinants, liés au mythe de la Déesse Mère et des divinités féminines souterraines, intimement liées à l’eau.

    Aimé par 1 personne

    1. Oh merci ! Il y a tellement à dire sur les sirènes. D’autres articles suivront car un seule ne suffit pas pour aborder ces créatures merveilleuses.
      J’ai beaucoup hésité à parler de Mélusine, des ondines et des nixes, mais ce sont davantage des nymphes d’eau douce. Je me limite à celles qui vivent en mer (la mer qui reste le thème initial du blog :)).

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