Voyager c’est polluer

J’adore voyager, prendre l’avion, pourtant depuis quelques temps cela m’attire de moins en moins voire carrément plus. J’adore voyager mais j’adore encore plus la nature, les océans, cette planète, et voyager à outrance détruit ces merveilles. Or la beauté de notre planète est une des choses qui m’a le plus aidé lorsque j’étais au plus mal. Quand je ne voyais plus rien qui valait la peine de vivre autour de moi, les récifs, les plages, les dunes, les jungles, les montagnes, la faune et la flore m’ont évité de me foutre en l’air en m’en foutant plein les mirettes.

C’est vraiment en voyant les dégâts occasionnés par la plongée sous-marine que cette réflexion à propos du voyage et du tourisme a commencé à germer. J’ai été profondément touchée par la dégradation des récifs, et dégoûtée de mon égoïsme comme de celui de mes semblables. Si nous sommes vraiment passionnés, fascinés, intéressés par les milieux marins, nous devons mettre de côté nos petits plaisirs personnels. A force de vouloir nous émerveiller, nous allons détruire ce qui nous émerveille. C’est dur, ça fait mal à l’égo, au coeur, mais perso, voir les coraux blanchir me fait encore plus souffrir.

Le voyage est un mirage

L’avion, la voiture, le bateau, même le train, bousillent l’environnement à cause de la pollution qu’ils rejettent, des infrastructures à construire pour qu’ils puissent circuler. Ils font le bonheur des sociétés pétrolières, autoroutières appartenant à des milliardaires. A côté, combien d’enfants n’ont jamais vu la mer ? Car voyager reste un luxe réservé aux privilégiés, accessible à force de sacrifice comme économiser pendant un an voire plusieurs années. Tout ça pour 2 semaines au soleil, un peu d’exotisme et de tranquillité. Quand les habitants galèrent à bouffer.

Le voyage est un mirage. Une illusion de liberté. L’idée de débarquer dans des anciennes colonies pour visiter, m’émerveiller, me relaxer me met mal à l’aise. Je ne peux m’empêcher de sentir un parfum de colonialisme dans l’air. Je suis la blanche occidentale qui vient réaliser son plaisir égocentrique, qui squatte les pays 2 semaines, avant de repartir de là où elle vient. Durant mon périple, je serais passé dans des temples que j’aurais fragilisé en le foulant, j’aurais plongé dans un écosystème sensible qui n’a pas besoin de moi pour vivre, j’aurais profité d’un pays plus pauvre à cause de ce que mon pays et ses alliés ont fait dans le passé.

Voyager, mais à quel prix ?

Fin août 2015, à 23 ans je suis allée en Crète pour la 3e fois. Je n’y été pas retournée depuis mes 13 ans. Je me souvenais d’un mer encore propre. Lors de ma première baignade je n’ai pas pu nager sans rencontrer des sacs plastiques, des emballages de toutes sortes. Les jours suivants je ne me suis pas baignée. J’ai juste trempée mes pieds. Là encore, j’ai vu des déchets s’échouer près de moi pendant que des enfants et des vieux jouaient dans les vagues. J’étais triste et en rage. Mais j’étais restée en Europe, j’avais dormi chez l’habitant, rencontré des gens, discuté avec eux de l’état du pays, de ce qu’ils pensaient du tourisme, des Français, cela équilibrait la donne.

Je ne tiens plus à parcourir le monde à tout prix, en tout cas, pas au prix de l’environnement et de la population du pays visité. Je préfère regarder un documentaire, aller sur Google Earth plutôt que de défoncer la planète, arriver en colon, alimenter les grands groupes et lobbies. Je continuerai de voyager mais je ne suis plus attirée par les longs courriers. J’ai envie d’un « tourisme » local, éco-responsable, engagé, conscient, politisé. Et en même je ne peux en vouloir aux gens qui ont économisé, qui se sont serrés la ceinture, souvent toute l’année, pour partir quelques jours, quelques semaines, loin de leur quotidien.

blanchiment grande barrière de corail
La grande barrière de corail au large de l’Australie en 2015. J’vous laisse imaginer maintenant… Photo : Huffington Post. Source : e-rse.net
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3 commentaires sur “Voyager c’est polluer

  1. Je me retrouve beaucoup dans ce que tu dis ! En ce moment, je ne rêve pas d’aller loin mais plutôt d’y aller bien. Oh oui, le bout du monde doit être génial, mais je crois que mes prochaines vacances seront surement à vélo le long du Rhône !

    Aimé par 1 personne

  2. Autant de bêtises, ça laisse songeur. Voyager, ça peut être fait dans le respect et non pas en se comportant comme un déchet. Pour balancer des papiers, pas besoin de se déplacer.
    Regarder un documentaire à la télé n’apporte pas la même expérience que d’aller sur place ( sans compter que les gens qui filment polluer aussi, donc les spectateurs aussi indirectement).
    Bref, les voyages ouvrent l’esprit, aiguise la curiosité, apporte expérience et connaissance.
    Et tu en aurais bien besoin !!!!

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