Les baudroies, ces « monstres marins » de 50 cm et moins

Les lottes de mer ou baudroies sont connues pour avoir une tête monstrueuse et une chair délicieuse. D’ailleurs, sur les étals des poissonneries, elles sont toujours présentées décapitées pour ne pas effrayer les clients. Installées dans cette situation paradoxale, les baudroies sont inscrites sur la liste rouge de plusieurs organismes de lutte pour la protection environnementale (dont Greenpeace), car leur pêche n’est soumis à aucun règlement.

Histoire de noms et surnoms horribles

Si la pêche en mer est pratiquée depuis l’Antiquité par l’être humain celui-ci rencontre assez tardivement la baudroie. Il connaît assez bien la lotte d’eau douce, mais cette dernière n’a rien à voir avec son homonyme. D’abord la baudroie est appelée lotte de mer uniquement lorsque sa tête coupée pour être vendue. C’est donc une appellation exclusivement commerciale. Ensuite la lotte de rivière (du genre Lota lota), n’a pas du tout la même gueule que la baudroie.

Au XIXe siècle, avec les avancées et révolutions industrielles, l’être humain s’aventure plus loin en mer pour toutes sortes de raisons ; touristiques, biologiques, alimentaires… C’est là qu’il fait connaissance avec la baudroie commune qu’il surnomme d’abord souris de mer (une expression et un nom vernaculaire souvent utilisé en français pour désigner une espèce marine). La baudroie ayant de plus en plus tendance à se prendre dans les filets de pêche, au fil des années, son surnom change.

« Crapaud de mer », « crapaud-pêcheur », « diable de mer », sont quelques uns des petits surnoms donnés par les pêcheurs français du XIXe siècle à la baudroie. Pourtant, on trouve dans le provençal des années 1450, l’origine du terme orthographié de différentes façons : « boudron », « buldroy », « baudroy ». Georges Cuvier, paléontologue français du XVIIIe siècle, parle de « baudroye ». Au même moment, le naturaliste suédois Carl Von Linné décrit et référence la baudroie commune et lui donne le nom latin/scientifique Lophius piscatorius.

Une gueule incroyable

La tête de la baudroie commune est particulière. Totalement disproportionnée par rapport au corps, elle est très aplatie et pourvue d’épines. Les yeux sont situés très à l’arrière et les arcades orbitaires hypertrophiées. De plus, comme tous les poissons, la baudroie n’a pas de paupière. Mais le plus impressionnant reste son incroyable gueule. Les dents de la baudroie commune sont essentiellement des canines pointues et acérées. Placées sur 2 à 3 rangées, et orientées vers l’arrière, elles rendent toute fuite impossible à la proie attrapée, et empêchent l’animal de vomir son repas.

La peau de la baudroie commune est lisse mais ornée de lambeaux faisant penser à des algues, ce qui est parfait quand on veut se cacher. La baudroie n’est pas connue pour ses prouesses en natation, ni pour son énergie. Créature nocturne et flegmatique, elle préfère s’enfouir dans le sable et attendre que des petits poissons passent pour les happer. Afin d’attirer ses proies, la baudroie commune agite son appendice lumineux situé juste au dessus de sa gueule. C’est pour cette raison que ce poisson est dit « pêcheur » par les Francophones et les Anglophones (« anglerfish »).

Des spécimens de 2 m ont été observés mais généralement la baudroie commune mesure 50 cm pour 40 kg. Elle vit dans les profondeurs (-20 à -1000 m) de l’Atlantique Nord-Est, de la mer de Barents, de la Méditerranée et du détroit de Gibraltar. Elle partage ces habitats avec la baudroie rousse (Lophius budegassa) et la baudroie d’Amérique (Lophius americana). Toutes les trois ont la même apparence et sont pêchées par milliers de tonnes chaque année pour leur chair raffinée. Le peu de données sur ces espèces rend impossible la fixation de quotas de pêche.

La baudroie abyssale (Melanocetus johnsonii)

Capable de descendre jusqu’à 2000 m de profondeur, le « dragon des abysses » ou « poisson lanterne » a été popularisé par Pixar avec Le Monde de Nemo. Les adeptes des abysses, des documentaires animaliers et de faits insolites connaissent ce poisson pour son mode de vie et de reproduction. Sa « sexualité » a même choqué le site LePoint.fr qui écrit : « Ce poisson à l’allure monstrueuse a une sexualité qui ne l’est pas moins. » Pourquoi ? Parce que le mâle a un destin qui pourrait être vu comme peu glorieux. En réalité il est juste réduit à sa fonction reproductrice.

En plus d’être plus petit que la femelle (3 cm contre 12 à 20 cm), et moins terrifiant (seule la femelle a un organe lumineux et une tête immense), à l’âge adulte il se fixe à l’arrière du corps de l’une d’elles en la mordant, et devient un parasite. La femelle les nourrit et les fournit en sang car elle peut avoir plusieurs dizaines de mâle accrochés à elle. Au fil du temps, les organes des mâles dégénèrent et se désagrègent, à part leurs organes sexuels. Ils deviennent ni plus ni moins des fournisseurs de sperme, mais restent indispensables à la reproduction de l’espèce.

Les baudroies abyssales forment une seule et unique famille (Melanocetidae) de poissons regroupés en un genre (Melanocetus) connu. La plus documentée est Melanocetus johnsonii, plus connue sous le nom de baudroie abyssale de Johnson. Elle est présente dans tous les océans tempérés et tropicaux (Atlantique, Indien, Pacifique). A l’instar des autres baudroies, celles des abysses ont une tête démesurée par rapport à leur corps. Leur gueule est aussi armée de dents fines et pointues pouvant se plier vers l’arrière une fois la proie avalée. Quant au fameux organe lumineux, il est un outil précieux pour attirer des proies, effrayer des prédateurs ou reconnaître un membre de la même espèce.

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