Ryujin le roi dragon des mers de l’Asie du Sud-Est et du Japon

Dans la mythologie japonaise, Ryujin (parfois orthographié Rinjin), est le dieu et le roi dragon des mers et des eaux. Il est également le symbole de la puissance de l’océan, et a pour serviteurs et messagers, la faune sous-marine. Souvent bienveillant avec les humains, le roi dragon était vénéré et invoqué en cas de sécheresse. Les pêcheurs le considéraient comme leur protecteur et lui offraient du saké en cas de pertes matérielles en mer.

Ryujin contrôle les marées grâce à des bijoux magiques depuis Ryugu-jo, son palais sous-marin où il réside avec sa fille Otohime, une femme-dragon éternelle. Selon les légendes, le Ryugu-jo serait fait de corail rouge et blanc, ou de cristal solide. Chacun des quatre côtés du palais, représente une saison différente. Une journée dans ce palais équivaut à un siècle sur Terre.

« Roi des dragons, roi des mers »

Les dragons sont peut-être aussi nombreux que les êtres humains dans la mythologie japonaise, et plus largement, dans les légendes de l’Asie du Sud-Est. A la fois dieux, entités destructrices, créatrices, multiples, elles se manifestent souvent au fil des siècles. Chaque dragon a ses particularités mais certains points paraissent communs à tous les dragons japonais et de l’Extrême Orient.

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Ryujin, Rinjin ou Ryo Wo, le dieu dragon roi des mers. En japonais, le kanji « ryu » signifie dragon. Détail d’une illustration de Kunisada (1850) Source : Dragonsinn.net

Comme tous les dragons japonais/asiatiques, Ryujin possède trois griffes, une moustache, une barbiche, et très exactement, 49 écailles sous la gorge, et 81 écailles sur le dos, pas plus, pas moins. Elles sont si affutées que les toucher donneraient une mort certaine et immédiate. Les dragons japonais ont également tous sous leur menton, une « meishu » ; une perle leur donnant une vision infrarouge. Ryujin a une perle supplémentaire (perle de ryuju), qui lui permet de se réchauffer quand il fait froid.

Certains folkloristes japonais classent les dragons par espèce. D’autres pensent que tous les dragons appartiennent à une seule espèce et qu’en fonction de leur âge, ils changent de catégorie. Dans tous les cas, Ryujin fait partie de l’espèce/catégorie des shinryu qui regroupe les dragons divins et spirituels. Dans son dictionnaire des yokai (fantômes, esprits du folklore japonais), Shigeru Mura, mangaka de son Etat écrit et décrit le terme « Ryu » : le roi des dragons, roi des mers. Ryujin serait donc également une créature surnaturelle shinto.

Figure omniprésente des mythes de l’Asie du Sud-Est

Le dragon des mers a pour fille Otohime (« joyau lumineux »), une déesse capable de se changer en dragon. Décrite comme « magnifique » et « éternellement jeune », Otohime a également des goûts culinaires particuliers.  Par exemple, elle demande un jour à son père de lui apporter du foie de singe. A cette époque, les méduses avaient encore des os fins, une queue et des pieds. Elles furent envoyés par Ryujin pour chercher un singe, qu’elles n’eurent pas de mal à trouver et à convaincre de visiter le palais sous-marin.

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La gare de Katase-Enoshima, dans la préfecture de Kanagawa (île d’Honshu), évoque le palais sous-marin de Ryujin. Photo de Steve Morton. Source : Japantravel.com

En chemin, le singe comprit le danger qui le guettait et raconta aux méduses que son foie était si lourd qui l’enlevait et le rangeait dans un arbre pendant la journée pour pouvoir marcher. Le singe et les méduses firent demi-tour, fouillèrent un arbre vide indiqué par le singe qui supposa qu’on avait dû lui voler son foie. Il demanda aux méduses de l’aider à le retrouver. Alors, elles revinrent voir Ryujin pour lui dépeindre la situation. Le roi dragon jugea l’histoire et les méduses si ridicules et énervantes, qu’il les frappa violemment, jusqu’à détruire leurs os, et leur donner l’apparence que nous connaissons.

Ryujin est à l’origine de nombreuses autres légendes dont la plus connue est celle avec Urashima Taro, un homme qui resta sept jours au palais du dragon (donc sept siècles). Il existe tellement de versions diverses de cette légende, qu’il serait difficile d’en faire une synthèse. En effet, Ryujin est une divinité présente dans les contes et légendes japonais, mais aussi dans la mythologie chinoise, qui recense 4 dragons des mers (Nord, Sud, Est, Ouest), et le bouddhisme, religion-spiritualité ayant fortement influencé le shinto. C’est pourquoi le dieu dragon cumule autant de statuts et distinctions. Cependant, lui et ses descendants occupent une place toute particulière au pays du Soleil-Levant.

Otohime, déesse dragon et grand-mère du premier empereur nippon

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Hoori, Otohime, déité dragonne des océans et leur fils. Estampe de (Toyohara) Yoshu Chikanobu. Source : Peacay

Parfois appelé Toyo-tama ou Toyotamabime, la déesse Otohime est connue pour être la fille de Ryujin et l’épouse du chasseur Hoori. Ce dernier est le plus jeune fils du kami Ninigo-no-Mikoto et de la déesse-fleur Ko-no-Hana, ainsi que le petit-fils d’Amaterasu, la déesse du soleil et soeur de Susanoo, le dieu des vents et des océans ; Hoori figure dans le Kojiki, l’un des deux ouvrages shinto de référence, aussi considéré comme le premier écrit du Japon. Hoori rencontre Otohime alors qu’il cherche le harpon de son frère qu’il a égaré pendant qu’il pêchait. La divinité l’aide à retrouver l’objet et Hoori décide de l’épouser.

Hoori s’installe dans le palais sous-marin pour vivre près de son épouse, mais au bout de trois ans, la Terre commence à lui manquer. Le chasseur finit par rentrer sur l’île d’Honshu, suivi de sa divine épouse. Quelques mois plus tard, Otohime met au monde un petit garçon, Ugayafukiaezu. Pendant l’accouchement, la déesse fait jurer à son mari qu’il ne la regarde pas, car toute créature enfantant dans un pays étranger dévoile sa forme originelle. Hoori accepte mais rompt sa promesse et découvre la véritable nature de sa femme : celle d’une dragonne des mers.

Honteuse et offusquée, Otohime s’envola immédiatement et retourne chez son père pour ne plus jamais revenir, laissant Hoori éduquer leur fils. Pourtant, plus les années passaient, plus la déesse regrettait son mari et son fils. Alors pour avoir des nouvelles d’eux, elle envoya sa jeune soeur Tamayoribime qui devint la nourrice d’Ugayafukiaezu. Devenu adulte, il épousa sa tante avec qui il eut quatre enfants : Itsuse, Inahi, Mikenu et Jinmu. Itsuse et Inahi décidèrent de rejoindre la famille de leur mère issue des océans. Mikenu s’installa aux alentours de Kyoto, et Jinmu devint le premier empereur du Japon.

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