Le mousquetaire des mers

L’espadon ou poisson-épée, (Xiphias gladius en latin, « Swordfish » en anglais, « Pez espada » en espagnol, « Spadone » en italien), doit ses noms et surnoms à sa longue mâchoire supérieure aplatie et affinée comme une lame d’épée. Grand voyageur, il vit aussi bien dans la mer Méditerranée, la Mer Noire et celle des Caraïbes, que dans l’océan Indien, Atlantique et Pacifique. Habitué à migrer en hiver, l’espadon peut atteindre une vitesse de pointe de 109 km/h.

Un poisson puissant et élégant

L’espadon appartient à l’ordre des Perciformes qui regroupe 40% des poissons osseux connus. En revanche, il est l’unique membre de la famille des Xiphiidae. Taillé pour la course et parcourir de très longues distances, il mesure entre 3 m et 5 m de long, et peut peser jusqu’à 500 kg. La fameuse mâchoire supérieure de ce poisson représente à elle seule un tiers de la longueur totale de l’animal.

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L’espadon a le dos couleur gris-bleu, le ventre blanc et les flancs argentés. Crédits Image : Espadon naturalisé, National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). Source : Futura-sciences. com

Doté d’une vision pouvant s’adapter à un large spectre lumineux, l’espadon est capable de chasser de jour comme de nuit. Il se nourrit principalement de crustacés, de céphalopodes et de petits poissons nageant en banc, qu’il attrape avec son museau-épée. Ce dernier peut également devenir une arme face à des prédateurs.

Animal solitaire, il lui arrive parfois de nager en bandes ; chaque individu gardant une distance de 10 m entre lui et les autres. Ils s’amusent alors à imiter les dauphins et bondissent hors de l’eau avant de s’y laisser retomber gracieusement.

L’espadon a une espérance de vie estimée entre 7 et 9 ans. Il atteint sa majorité sexuelle entre 2 et 4 ans. Il se regroupe alors avec ses congénères dans des zones de frai au printemps. Les femelles pondent leurs œufs en eau libre où ils sont fécondés par le sperme des mâles. Les œufs sont ensuite emportés et dispersés par les courants.

Une espèce voisine des marlins

Bien qu’ils ne possèdent pas la même physiologie et ne soient pas de la même famille, l’espadon et les marlins sont, depuis le XIXe siècle et aujourd’hui encore, confondus par les pêcheurs, les poissonniers, les restaurateurs et les consommateurs. Même les premiers traducteurs français du Vieil Homme et de la Mer d’Hemingway, ont fait l’erreur, qualifiant le poisson d’espadon alors que l’auteur américain parle d’un énorme marlin.

S’il est un animal ectotherme (la température corporelle est la même que celle de l’environnement extérieur), l’espadon est proche des thons, des marlins et de certains requins. Comme eux, il peut réchauffer la température de ses yeux et de son cerveau de 10°C à 15°C, grâce à des organes spéciaux situés près de ses yeux. Cependant, contrairement aux autres thonidés qui possèdent un fort pourcentage de muscles rouges/striés propices à une nage soutenue, l’espadon possède un plus fort pourcentage de muscles blancs/lisses ce qui le rend plus rapide mais moins endurant.

Grands poissons téléostéens des mers chaudes, les marlins appartiennent à la famille des Istiophoridés, qui regroupe quatre espèces dont les poissons-voiliers. En fonction des espèces, ils mesurent entre 2,50 m et 6 m, pèsent jusqu’à 600 kg, possèdent des dents, et un rostre (un genre de « bec » propre aux poissons), plus court de forme conique. L’espadon n’a pas de dent, mais un genre de rostre complétant sa mâchoire supérieure aplatie, et des yeux bien plus gros que ceux des marlins. Il a également tendance à descendre bien plus en profondeur que ses voisins.

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Marlin voilier de l’Indo-Pacifique (Istiophorus platypterus) tournant autour d’un banc de sardines. Crédits Photo : Paul Nicklen. Source : Nationalgeographic.com

Les marlins, et leur rostre, sont des trophées appréciés dans la pêche au gros. Malheureusement, c’est aussi le cas pour l’espadon et sa mâchoire. Victime de son élégance et de ses prouesses physiques, le poisson est devenu la cible préférées des amateurs de pêche sportive. De ce fait, à la fin du XXe siècle, il a presque disparu de la mer Méditerranée.

Pêché pour sa chair ferme et délicieuse

Sa chair étant aussi fine que sa mâchoire supérieure, l’espadon est victime de son succès auprès des gourmets du monde entier. Le Japon, la Chine, Taïwan, la Corée du Sud, les Philippines, les Etats-Unis, le Canada, le Mexique, l’Italie, et l’Espagne font partie des plus gros pêcheurs et consommateurs d’espadon.

De plus en plus d’associations, d’organisations de protection, d’aquariums et de journalistes scientifiques internationaux, interpellent sur la nécessité de réduire la consommation d’espadon pour ne pas encourager la (sur)pêche. De son côté l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) possède encore trop peu de données sur l’espadon pour savoir si l’espèce est en danger, ou non. Pourtant, les données des biologistes sont formelles, la population mondiale d’espadons est en train de chuter dangereusement. Et la première raison est la pêche à des fins commerciales.

Côté santé, l‘espadon comme tous les prédateurs tenant les dernières places dans la chaîne alimentaire, bioaccumule beaucoup de mercure ; il absorbe le métal et le conserve dans ses tissus musculaires. C’est donc un excellent indicateur de la pollution des océans. L‘espadon joue aussi un autre rôle important dans l’écosystème marin en régulant les populations de la faune et de la flore. Il empêche notamment les méduses de proliférer.

Depuis les années 1990, des mesures ont déjà été prises, grâce à l’élan lancé par le Canada. La limitation du nombre de permis accordés aux pêcheurs, les restrictions imposés aux bateaux, et la modification des zones, et des dates d’ouverture/fermeture de la pêche, ont permis de repeupler les stocks de l’Atlantique et de l’Atlantique Nord. L’espèce est protégée depuis 1991 par la CICTA (Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés d’Atlantique), et fait l’objet de quotas de pêche précis ; âge, taille, dates et zones de pêche. En Méditerranée, l’espadon est encore rare et ne peut être pêché s’il ne mesure pas 90 cm minimum.

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« X is for Xiphias« . Encre violette, papier turquoise japonais Obonai. Oeuvre de l’artiste et scientifique canadienne Ele Willoughby
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2 commentaires sur “Le mousquetaire des mers

  1. Bonjour,
    C’est avec plaisir que je découvre ton wordpress ! Tes articles sont intéressants, ton style agréable, bref, que du bonheur 😉
    Je ne passe plus sur Twitter, mais je pourrai suivre tes articles. Actuellement je prépare un concours dans lequel l’univers maritime est à l’honneur, je découvre la richesse et la beauté de cet espace. Quelle bonne surprise quand j’ai découvert la thématique de ce site, je vais combler mes lacunes avec tes écrits !
    J’espère que tu vas bien :3
    Félicitations pour le blog !
    Cybèle

    Aimé par 1 personne

    1. Wouah rien ne pouvait me faire autant plus plaisir ! Tes mots me touchent tellement, et si en plus mes écrits peuvent t’aider pour ton concours et enrichir ta culture maritime, c’est plus que génial. Et à la limite je préfère avoir des contacts via mon blog que par Twitter car j’ai davantage la sensation d’apporter, de faire découvrir quelque chose, aux autres mais aussi à moi-même. Je vais mieux qu’à un moment. Je travaille à nouveau et plus que je ne l’ai jamais fait. Du coup j’ai malheureusement moins de temps pour le blog, mais l’envie est toujours là et ton commentaire m’encourage et me motive énormément ! A très bientôt 😀

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