Plongée souterraine et exploration d’épaves, ou quand la vie ne tient qu’à un fil

Tout le monde, ou presque, a déjà entendu parler du fil d’Ariane. Dans la mythologie grecque, il sauva la vie de Thésée en le sortant du labyrinthe où été retenu le Minotaure. En plongée souterraine ou lors d’exploration d’épaves la vie des hommes et des femmes est suspendue au fil d’Ariane ; le filin qui permet aux plongeurs de retrouver leur chemin et de rejoindre la surface.

La plongée-spéléo : une activité risquée très particulière

La plongée souterraine ou plongée-spéléo consiste à explorer les conduits noyés naturels ou artificiels, souvent creusés dans les calcaires comme les mines, sources, carrières, et les grottes sous-marines. A l’instar de la plongée profonde et de la plongée sur épaves, cette activité risquée exige des connaissances particulières en plus d’un équipement spécifique et d’un très bon niveau de plongée (formation spéciale avec stages à partir du niveau II). Différents types de palmage (frog kick et back kick) doivent par exemple être maîtrisés.

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Groupe de plongeurs visitant une grotte de la Riviera Maya, péninsule du Yucatan, Mexique. Photo de Chac Kukulkan. Source : aluxdiver.com

Il est même possible qu’un entraînement ou qu’un suivi psychologique soit préconisé en raison du stress induit par la situation. Activité mentale, la plongée se déroule dans le silence et majoritairement dans l’obscurité. En plongée-spéléo, si un quelconque problème d’air survient il sera beaucoup plus complexe, voire impossible, de remonter à la surface puisque le lieu est par essence clos. De plus, bien qu’on plonge toujours avec un binôme du même niveau ou plus, une fois sous l’eau, il faut être conscient que dans certaines situations, personne ne pourra nous aider (à part nous-mêmes), et savoir improviser en conséquence.

La première règle en plongée, et plus encore en plongée-spéléo (et plongée sur épaves), est de sécuriser sa remontée. Il faut pouvoir retrouver son chemin et la sortie, même quand on ne voit rien (particules d’argile en suspension, bulles expirées, obscurité), simplement au toucher. C’est pourquoi le fil d’Ariane est si important. Embobiné sur un dévidoir, le filin est tiré par les plongeurs qui prennent soin de ne jamais le lâcher, et de l’attacher fréquemment à la paroi afin qu’il ne s’emmêle pas.

Les plongeuses et plongeurs partent au minimum avec deux dévidoirs, deux lampes, et deux bouteilles isolables dont ils ne doivent pas consommer la totalité. On applique la règle de redondance des quarts ; consommer un quart du mélange respiratoire à l’aller et un quart au retour. En  cas de problème, on utilisera les deux quarts restants.

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François de Roubaix sous l’eau. Source : Rue89Bordeaux.com

François de Roubaix, compositeur français et passionné de plongée, a tristement trouvé la mort en 1975 alors qu’il visitait une grotte sous-marine aux Canaries. Parti avec Juan Benitez, son ami musicien et moniteur de plongée, le compositeur souhaitait photographier l’intérieur de cette grotte qu’il connaissait bien. Trop confiants et passionnés, les deux hommes ont commis l’erreur de plonger sans fil d’Ariane. Pris dans un épais brouillard dû au soulèvement de sable, ils n’ont pas réussi à retrouver la sortie avant que leurs bouteilles se vident.

Les épaves, preuves ultimes que le danger est attirant

La plupart des épaves intéressantes et inconnues se trouvent à une profondeur peu accessible en plongée loisir. Aussi périlleuse que la plongée souterraine, la plongée sur épaves nécessite donc une formation spéciale et une rigueur certaine. Les écoles de plongée proposent de former les plongeurs à ce type de plongée qui permet de se mettre dans la peau d’un chercheur de trésors, d’avoir accès au patrimoine maritime international, et de faire de grandes avancées en archéologie tout en s’émerveillant de la biodiversité marine.

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L’épave du navire turc Pinar, près de Bodrum en Turquie. Photographie de Alamy. Source : Theaustralian.com

Rechercher et explorer des épaves peut faire froid dans le dos. Pour celles et ceux qui pratiquent cette activité, les navires engloutis ne sont pas des cimetières aquatiques, mais des habitats privilégiés pour la faune et la flore marines. Véritables récifs artificiels, les épaves sont des sites vastes et diversifiés. Les explorer permet de voir des parties souvent impossibles à visiter sur un bateau en service ; salle des machines, moteurs… La connaissance de l’histoire maritime, des navires et du bateau exploré (les conditions de son naufrage), ajoutent également une charge émotionnelle puissante et propre à ce type de plongée.

Le fil d’Ariane est là encore un élément essentiel à la survie des plongeurs, surtout lorsqu’ils arpentent les différentes salles du navire. Retrouver son chemin est une chose, remonter à la surface en est une autre. Or c’est souvent lors de cet étape qu’adviennent les accidents de plongée les plus dramatiques, et les plus facilement évitables. La zone la plus « dangereuse » étant celle comprise entre la surface et – 10 m ; c’est à ce palier que le changement de pression est le plus important (2 bar contre 1 bar tous les 10 m à partir de 10 m de profondeur).

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Plongeurs remontant à la surface en suivant le fil d’Ariane après avoir visité l’épave du cargo français Saumur. Photo de François Guillon

Quelque soit le type de plongée pratiquée, il faut constamment avoir en tête qu’on doit faire en sorte de régler ses problèmes sous l’eau afin de prendre son temps pour regagner la surface. Une remontée trop rapide, sans passer par les paliers de décompression, se solde inévitablement par un accident de désaturation ou par un barotraumatisme qui peuvent entraîner la mort de la personne si celle-ci n’est pas placée d’urgence dans un caisson hyperbare.

Les épaves et leurs contenus sont protégés et doivent être déclarés au pays le plus proche du site. Chaque Etat possède sa propre législation en matière d’épaves. En France, toutes les découvertes d’épaves doivent être signalées au Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines (DRASSM) pour que les sites soient enregistrés et fouillés. En Grande-Bretagne, les épaves sont protégées par trois lois différentes : Protection of Wrecks Act 1973, Protection of Military Remains Act 1986, Merchant Shipping Act 1995. Enfin quelques pays, dont les Etats-Unis, coulent volontairement des navires (et des avions) pour en faire des épaves et créer des récifs artificiels afin d’attirer la faune sous-marine et des plongeurs.

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