Les nudibranches, ces mollusques marins joyeusement colorés

Du latin nudus (« nu ») et du grec ancien brankhia (« branchies »), le terme nudibranche regroupe l’ensemble de mollusques gastéropodes marins dépourvus de coquille. Cette particularité leur vaut d’être souvent qualifiés de limaces des mers, mais le plus remarquable chez ces animaux est sûrement leur immense variété de motifs aux couleurs éclatantes.

Les nudibranches ne sont pas l’équivalent marin des limaces terrestres. Elles font partie d’un ordre distinct, celui des Opistobranches ; mollusques dont les branchies et l’anus sont situés à l’arrière de l’animal. Il regroupe cinq sous-ordres de gastéropodes : Cephalaspidea, Anaspidea, Sacoglossa, Pleurobranchidae (ou Notaspidea) et Nubribranchia, qui compte le plus d’espèces.

Les nudibranches sont très appréciées des photographes sous-marins, notamment des adeptes du format macro. De ce fait, elles jouissent d’une certaine célébrité. Qui plus est, elles sont présentes dans toutes les mers du globe, souvent près de la surface où sont localisées leurs proies (moins de 20m de profondeur), mais il y a toujours des exceptions.

On compte environ 5000 espèces de nudibranches dont 110 en Méditerranée. Les plus diverses et spectaculaires se trouvent majoritairement dans les eaux tropicales et les régions coralliennes de l’océan Indien, du Pacifique et des Caraïbes. Des spécimens ont également été observées en Antarctique comme le fameux Glaucus Atlanticus.

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Surnommé le « dragon bleu des mers », Glaucus atlanticus est une petite espèce de nudibranche qui peut causer de fortes irritations si on la touche un peu trop. Source Photo : FHSHH.com

Des créatures très différentes…

Le sous-ordre Nudibranchia est infiniment varié. Chaque espèce, voire chaque animal, semble avoir ses caractéristiques propres. Les biologistes ont tout de même réussi à identifié quatre types de morphologie différents.

Parfois appelés « nudibranches arminacées », les Arminoidea sont les seuls membres de la famille Euarminida. Ils se caractérisent par leur corps très aplati et à la surface ridée. Leur dos peut être parsemé d’appendices mais leurs branchies sont placées sous leur manteau. De par leur apparence, ils sont souvent confondus avec les turbellariés ou planaires, des vers plats marins et parasites.

Comme les Armoidea, les Doridacea ou dorinacés ont un corps plat et une silhouette plus ou moins allongée. Cependant, ils se différencient de leurs cousins par leur panache ou feuillet branchial situé à l’arrière de leur dos qui entoure souvent leur anus. Ce panache peut adopter des arborescences importantes, diminuer de taille et se rétracter subitement. De plus, le corps des dorinacés est couvert de spicules calcaires formant une très fine coquille qui leur sert de squelette. Ce groupe de nudibranches est l’un des plus vaste et divers, tant au niveau des couleurs, que des formes et de la taille.

Uniques représentants de l’infra-ordre des Dendronotida (autrefois nommés » les dendronotacés »), les Tritonioidea forment une super-famille de nudibranches. Les branchies ressemblent à des appendices et se trouvent à la périphérie du manteau. Quelques espèces de cet infra-ordre sont capables de nager en ondulant leur corps.

Les Aeolidida ou aeolidacés sont sûrement les nudibranches les plus remarquables. Elles n’ont pas de panache branchial car elles respirent par la peau. De ce fait, elles ont le corps recouvert de plusieurs papilles pointues et filamenteuses très esthétiques ; les cérates. En plus de servir de branchies à l’animal, elles prolongent sa glande digestive, augmentent leur taille et font office de réservoirs à poison.

A l’instar de beaucoup d’espèces de la faune et de la flore, les nudibranches sont très colorées pour signaler qu’elles sont venimeuses, ou tout simplement pour dissuader les potentiels prédateurs de les attaquer. Certaines espèces préfèrent se cacher et ne se déplacent que la nuit ou en imitant leur environnement.

… qui partagent de nombreux points communs

Les spécimens ont beau être multiples et variés, on retrouve de nombreux points communs entre les nudibranches des quatre morphotypes.

La vue des nudibranches est très faible, quasi-inexistante car leurs yeux sont très rudimentaires ; collés à leur cerveau, ils ne captent que les très fortes variations de lumière. Par conséquent, ce sont les autres sens qui sont mobilisés et permettent à ces animaux de survivre.

Les tentacules placées à l’avant des nudibranches sont tactiles et leur servent d’organe buccal. Certaines espèces ont des tentacules à l’arrière de leur corps qui sont également tactiles. Les espèces qui n’en sont pas dotées, possèdent des rhinophores sur leur tête. Composés de petits feuillets en lamelles, ces organes sont plus ou moins rétractiles et servent de nez et de main à l’animal, mais aussi à trouver des partenaires pour se reproduire. Observer les rhinophores est le meilleur moyen d’identifier les différents types de nudibranches.

morphotypes-nudibranches
Morphotypes de nudibranches. Source : blog.cpi-plongee.fr

Le corps des nudibranches est très musclé et puissant. Ces créatures l’utilisent pour se déplacer en rampant sur le sol sablonneux, les rochers et récifs, mais aussi pour s’y figer. Leur pouvoir adhérant est extrêmement important puisqu’il s’agit d’une de leurs stratégies de survie et de sa façon de se nourrir.

Ce n’est pas pour rien qu’elles ont été surnommées « limaces de mer ». Les nudibranches sont des animaux très lents. Principalement carnivores, elles se nourrissent en râpant les animaux toxiques sous elles ; éponges, anémones, coraux. Elles recyclent ensuite le poison grâce à des cellules spéciales ou à leurs glandes, prévues pour stocker les toxines.

En plus de garantir sa survie en lui apportant les besoins nutritifs élémentaires, le régime alimentaire permet donc à l’animal de développer des moyens de défense : texture granuleuse désagréable, nuage d’acide sulfurique (PH de 1 à 2), flèches empoisonnées et autotomie (capacité de s’auto-amputer pour se régénérer plus tard).

Certaines espèces consomment exclusivement des oeufs de poissons et de céphalopodes. D’autres encore, comme le genre Favorinus ou Roboastra, s’adonnent au cannibalisme et mangent d’autres espèces de nudibranches ou leurs oeufs. Enfin, l’étude d’estomac de deux espèces de l’Antarctique ont montré que des nudibranches pouvaient absorber des oursins, de la boue et des petits cailloux.

Toutes les espèces de nudibranches sont hermaphrodites. Les organes reproducteurs des deux sexes sont réunis dans le même animal, mais ce dernier ne peut pas s’auto-féconder. Les nudibranches s’accouplent dans une parfaite symétrie puis déposent leur ponte constituée de centaines d’oeufs près du sol, dans du mucus en forme de ruban ou de dentelle qui servira de garde-manger pour les bébés.

Si elles ne trouvent pas de partenaires, les limaces de mer peuvent développer des oeufs et donner naissance à des clones. On appelle ce processus la parthénogenèse, un phénomène qui demeure encore bien mystérieux comme tout ce qui se trouve dans les océans, en raison du jeune âge de la biologie sous-marine, et dans ce cas précis, de la courte durée de vie des nudibranches (entre un et deux ans).

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