« Ponyo sur la falaise », le conte animé aquatique de Miyazaki

Sorti dans les salles françaises en 2009, Ponyo sur la Falaise (Gake no ue no Ponyo en version originale) est le 9e film d’animation réalisé par Hayao Miyazaki avec le studio Ghibli. Plus habitué au ciel qu’aux océans, le réalisateur revisite le conte d’Hans Christian Andersen, La petite sirène, déjà adapté en film d’animation par les studios Disney, pour en livrer un conte aquatique intime.

C’est la nuit. La pleine lune brille sur la mer, calme et vide. Mais sous l’eau, un étrange ballet a commencé. Des poissons, des méduses, des pieuvres et des crustacés virevoltent et se pressent autour d’un drôle de sous-marin. Sur le pont, vêtu d’un costume rayé, le magicien Fujimoto, disperse des flacons pour attirer les différentes créatures marines. A l’étage inférieur, l’aînée d’une centaine de petits poissons rouges décide de profiter de l’agitation ambiante pour s’échapper par l’un des hublots.

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Trop occupé, le magicien ne voit pas sa sirène de fille s’enfuir, glissée sous une méduse. Le jour s’est levé lorsque la petite fille poisson atteint la côte. Elle a à peine le temps d’apercevoir une maison perchée sur une falaise, qu’elle est prise dans les filets d’un bateau de pêche avec d’autres animaux marins, et des déchets en tous genres. Par chance, elle parvient in extremis à regagner la mer, coincée dans un bocal en verre.

Descendu jouer sur la plage, Sosuke, 5 ans, découvre la petite fille poisson, et la libère de son piège. Fasciné par la créature, le garçonnet décide de la garder et lui donne le nom de « Ponyo ». Quand Lisa, sa mère, l’appelle pour aller à l’école, le petit garçon met sa protégée dans un sceau rempli d’eau et l’emmène avec lui, évitant au passage quelques vagues menaçantes. Ces dernières sont les sbires de Fujimoto qui n’a pas l’intention de laisser sa fille aux mains des êtres humains, qu’il méprise pour leur irrespect envers la mer. Ce qui est loin d’être le cas de sa progéniture.

Un film d’une simplicité grandiose

Ponyo sur la falaise est souvent comparé à Mon voisin Totoro (1988) pour la simplicité et la poésie du scénario, et du personnage qui donne son titre au film, Ponyo. A l’instar de Mei, la plus jeune des héroïnes de Mon voisin Totoro, Ponyo est une petite fille candide et turbulente. Pourtant, bien qu’elle ait le même âge que Mei et partage avec elle une part de son caractère, Ponyo est un personnage beaucoup plus atypique que la petite fille du film de 1988.
Être hybride et magique, Ponyo n’a pas peur de se transformer, de fuguer, de se retrouver seule et n’a que faire de son père qui la cherche. Sa seule crainte est d’être enfermée, de ne pouvoir faire ce qu’elle souhaite ; explorer le monde, côtoyer les êtres humains.
Plus insoumise que désobéissante, quoique un peu énervante Ponyo est aussi curieuse, sensible et généreuse. Elle n’hésite pas à montrer clairement ses émotions (peut-être un peu trop parfois), à provoquer ses ennemis et à aider les personnes qu’elle aime ou celles dans le besoin.

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Une petite maison perchée sur une falaise verdoyante : premier aperçu du monde terrestre pour Ponyo, la petite fille poisson.

La simplicité  qui caractérise le scénario et l’héroïne se retrouve dans l’esthétique du film, mais aussi dans sa genèse. Fin 2004, après Le Château ambulant, une partie de l’équipe de Ghibli, dont Miyazaki, se rend au village portuaire de Tomo no Ura, situé au sud de Fukuyama, dans la province d’Hiroshima. Lors de ce voyage, le réalisateur japonais est frappé par le cadre à la fois paisible et théâtre de terribles tempêtes. Miyazaki décide de revenir à Tomo no Ura et de s’y installer pendant quatre mois afin de préparer son prochain film.
Pour plus d’authenticité, le maître de l’animation japonaise a choisi d’épurer au maximum le dessin afin de s’approcher le plus possible des illustrations de livres pour enfants. Pour ce faire, les 170 000 images qui composent le film ont toutes été réalisé à la main. Les animateurs ont eu recours aux pastels et aux aquarelles, une première pour Miyazaki. Le réalisateur a d’ailleurs décidé de dessiner lui-même la mer et les vagues.
A la vision de certaines séquences, il est impossible de ne pas penser à la célèbre estampe d’Hokusai, La Grande Vague de Kanagawa. Le rapprochement est facile, cependant Hayao Miyazaki ne s’est pas contenté de faire une version nippone du chef d’oeuvre littéraire de l’écrivain danois et de la production des studios de Mickey Mouse. Il les a complètement transcendé et réinterprété pour en livrer un conte multiculturel et intemporel.

La synthèse d’inspirations personnelles et universelles

Comme Le Voyage de Chihiro (qui pourrait être rapproché d’Alice au Pays des Merveilles), Ponyo sur la Falaise est un mélange d’influences occidentales et nipponnes. Le conte d’Hans Christian Andersen, La petite sirène, a déjà été de nombreuses fois traité, y compris dans le domaine de l’animation, par les studios Disney. Un tel défi ne pouvait qu’intéresser le maître de l’animation japonaise.
L’Europe, en particulier, l’Allemagne fascinent les Japonais, Miyazaki compris. Des éléments d’inspiration germanique sont présents dans plusieurs de ces films ; Le Château de Cagliostro, Kiki la petite sorcière, Le Château ambulant. Dans Ponyo sur la Falaise, c’est la musique qui rappelle les notes de grands classiques de compositeurs allemands tel que Richard Wagner et sa Chevauchée des Walkyries. Miyazaki est également allé chercher dans les mythes traditionnels et populaires japonais. Les umibôzu, des spectres marins dans la culture nippone, ont par exemple servi de base aux vagues personnifiées de Fujimoto.
Moins sombre que les précédents films, Ponyo sur la falaise aborde pourtant les sujets complexes chéris par le réalisateur japonais (l’environnement, la biologie et l’influence néfaste des humains sur la nature), mais aucun manichéisme ou discours moralisateur n’est présent, avec Miyazaki, les images remplacent aisément les plus beaux mots. Le personnage qui symbolise le mieux le comportement paradoxal des êtres humains est sûrement Ponyo. Bien que victime de la pollution humaine et native de l’océan, la petite fille poisson est fascinée par un autre monde, un monde qui n’est pas le sien, et se fiche des conséquences que sa curiosité peut avoir sur son habitat naturel et sur tout ce qui l’entoure.

La famille est au centre de Ponyo. La représentation des liens familiaux donnée par le réalisateur est très éloignée de la vision japonaise classique. Directement inspirée de la femme de Miyazaki, Lisa est une femme intelligente, indépendante, qui ne mâche pas ses mots et apprend à son fils à se débrouiller seul tout en gardant un oeil sur lui. En effet, elle travaille à la maison de retraite située juste à côté de l’école maternelle de son petit garçon.
Pour Sosuke, le réalisateur s’est basé sur Goro, son propre fils, quand celui-ci avait 5 ans. Le petit garçon témoigne d’une maturité rare pour son âge. Il appelle sa mère par son prénom, ne prononce pas le mot « maman » de tout le film et voit peu son père. Ce dernier est marin pêcheur. De ce fait, il est contraint de s’absenter en mer pour de longues durées. Sosuke se montre très compréhensif face à cette situation, ce qui est loin d’être le cas de Lisa.
Les femmes occupent la major partie du récit. Les personnages féminins sont plus nombreux que les protagonistes masculins, et de différentes générations. Si Ponyo représente la vivacité et l’insouciance, Lisa la force et l’indépendance, les femmes âgées de la maison de retraite sont la personnification de la sagesse et des tourments de la vieillesse. D’ailleurs l’une d’entre elles se démarque par son caractère aigri. Ce personnage fondé sur la mère de Miyazaki, est un hommage que le réalisateur a voulu  rendre à celle qui lui a donné la vie et qui est décédée alors qu’il commençait le scénario du film.

Avec Ponyo sur la falaise, Miyazaki a réussi à faire la synthèse d’inspirations personnelles et universelles qui caractérisent aujourd’hui son travail et le style du studio Ghibli. En mélangeant les cultures, les époques, les thèmes, il a également distillé des fragments intimes dans sa création qui contribuent à la charge émotionnelle de cette dernière. Certains trouveront le film empreint d’une joyeuse niaiserie, d’autres y trouveront une tendresse géniale.

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