Venise est une expérience métaphysique

Qu’importent les personnes et la saison. Partir à Venise c’est taquiner les notions de temps et de subjectivité. La Sérénissime est célèbre pour sa situation géographique, son patrimoine culturel, historique et architectural, et l’absence de véhicules à roues. Reconnue pour sa prétendue tranquillité et sa véritable beauté.

L’introduction est toujours la même. Dès le départ, magie, flânerie, et romantisme sont promis, pratiquement garantis. Venise est dite irrésistible, surtout à l’aube et au crépuscule, lorsque le soleil peint le ciel de couleurs pastels. Elle envoute au premier regard. Grave sur la rétine des paysages qu’on voudrait penser inaltérables.

La cité flottante à cet aspect carte postale propre aux lieux emblématiques. Venise, la ville musée ; où chacun cherche à retrouver les images aperçues dans les livres, les magazines, les reportages à la télé. Planifier les visites et activités. Repérer, même réserver, les restaurants, les événements, à l’aide de guides, d’articles, de sites web, de conseils d’amis.

Le charme naturel de la ville évite de la mitrailler de flash incessants. Les flots finissent par nous rattraper et nous égarer, malgré tous les efforts faits pour suivre le plan. Entre deux ruelles, un pont et trois canaux sertis de gondoles, le rêve imbibe les os. Soudain la foule disparaît. Un passage secret s’ouvre. Une place déserte se découvre.

Venise inspire, au moindre parfum. La sensation d’être dans un tableau, un roman ou une bande dessinée. Le fantasme devient réalité devant les palais tranquilles et fatigués. Soupirs sur les pavés, contre les pierres et les briques effritées. Le corps et l’âme s’agitent au son des cloches et des langues.

Il est tentant de croire que tout a déjà été dit et écrit à propos de la Sérénissime. Que les photos prises sont toutes les mêmes. Que cette ville italienne est la créatrice du « cliché ». Cette chose laide, que le voyageur redoute et laisse au touriste. Du vrai faux verre de Murano aux masques de Chine et autres contrefaçons, gadgets divers et variés. Venise, n’a pas échappé aux mauvais aspects de la mondialisation.

L’équilibre est fragile. Le paradoxe inévitable. Les moyens pour aborder la capitale de la Vénétie sont multiples et divergent en fonction de chacun. L’impression de déjà-vu s’estompe rapidement, car à Venise, c’est lorsqu’on se perd qu’on trouve ce que l’on cherche. La Cité des Eaux ne se laisse pas prendre si aisément. Elle aime rappeler qu’elle est vivante et terriblement surprenante.

Depuis la piazza San Marco l’horizon se dresse, au loin, les îles attendent l’arrivée du vaporetto. Frissonnent quand passent les paquebots. Toute la lagune retient son souffle. Elle sait qu’elle est condamnée, ses habitants également. Pourtant, de chaque brique, chaque marche, émane un sentiment de fierté et de puissance. Près de l’Arsenal, les lions et les murs murmurent des histoires de marins et de gitanes.

Venise est la preuve que l’effervescence humaine peut être plus bruyante qu’une nuée de moteurs. Même la nuit, la ville ne cesse d’osciller entre la quiétude et  le tumulte. Seul un bon plat de pâtes, ou une glace dégustée à l’ombre des arbres du Giardini Papapodoli, peuvent briser ce mouvement. C’est à cet instant que le temps se souvient que nous devons repartir.

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