Le poisson-scie, cet animal étrange et en danger

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Ceci n’est pas un visage de poisson-scie mais ses narines. Photo prise à l’Aquarium de La Rochelle par Bérangère Tiaffay. Source : Panoramio.com

Les poissons-scies ou pristiformes (du grec « pristis » qui signifie scie) sont souvent confondus avec les requins-scies (pristiophoriformes). Ces derniers sont rares et ont une taille maximale de 2 mètres, alors que les pristiformes peuvent atteindre 7 mètres de long. Leur museau, le rostre, peut à lui seul mesurer 2 mètres.

Ils appartiennent à l’ordre des raies qui compte plus de 650 espèces. Or les raies et les requins sont classés comme poissons cartilagineux (chondrichtyens). De ce fait, les deux espèces partagent certains points communs.

Comme les requins et toutes les espèces de chrondrichtyens, les poissons-scies sont dotés d’ampoules électro-réceptrices. Placées sur la face inférieure du museau et de la tête, elles permettent à l’animal de détecter les micro-champs électriques des proies les plus proches, y compris lorsque elles sont enfouies dans le sable.

Le rostre du poisson-scie : arme ou simple outil ?

En 2012, Barbara Wueringer, professeure de biologie marine à l’Université de Brisbane en Australie, a voulu en savoir plus sur l’utilité et l’utilisation du rostre du poisson-scie. Lors de ses expériences, elle a donné des morceaux de thon et de rouget à de jeunes poissons-scies d’eau douce (pristis microdon) et les a filmé en train de manger.

En visionnant les vidéos, Barbara Wueringer s’est aperçu que les poissons-scies pouvaient se servir de leur museau denté pour immobiliser au sol les morceaux de poissons.

Grâce à ses travaux, la biologiste australienne espère mettre au point un dispositif pour protéger les poissons-scies; par exemple mettre des aimants sur les mailles des filets de pêche.

Malgré leur apparence impressionnante, les poissons-scies sont totalement inoffensifs. Leur rostre ne leur sert qu’à se déplacer et à trouver de quoi manger. Ils se nourrissent de vers, de poissons, de crustacés et de végétaux.

Sur les sept espèces de poissons-scies, cinq sont en voie d’extinction. Toutes vivent principalement entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Cependant, deux espèces (pristis perotteti et pristis pectinata) ont été identifiées dans la mer des Caraïbes, et à proximité des côtes africaines. Le poisson-scie commun (pristis pristis), autrefois très présent en Méditerranée et dans l’est de l’océan Atlantique, est aujourd’hui pratiquement éteint.

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A part l’être humain, le poisson-scie possède peu de prédateur naturel. Source : Ornormes.fr

En 2014, l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) a publié un rapport inquiétant. Basé sur les données de l’océanographe française Anita Conti, il révèle qu’en 1940, les pêcheurs de la Guinée-Bissau et du Sierra Leone ramenaient cinq à sept poissons-scies de leur sortie en mer; l’équivalent de ce qui a été pêché en 2013 dans chaque pays.

Le museau du poisson-scie se prend aussi fréquemment dans les filets des pêcheurs, même quand ces derniers ne cherchent pas à l’attraper. Car le poisson-scie est synonyme de pouvoir et de richesse.

Une espèce victime de sa particularité

Selon le Réseau pour la survie des espèces, un poisson-scie entier peut se vendre entre 3000 et 5000 dollars alors que le rostre seul peut atteindre les 7000 dollars.

A l’instar des requins, les poissons-scies sont chassés pour leurs ailerons qui constituent un met raffiné en Asie et sont très recherchés. Le rostre est aussi une pièce très appréciée par les pêcheurs africains. Pour eux, une telle prise représente trois mois de salaire.

Interviewée par L’Express en 2015, Armelle Jung, biologiste membre de l’UICN, précise que le rostre fait l’objet d’un véritable marché. Il est recherché dans le monde entier, y compris en France via des sites comme Ebay ou leboncoin.fr. Pour quelle raison ? D’après la biologiste, de nombreux collectionneurs considèrent le rostre comme un « un symbole de virilité ».

Le commerce de rostres de poissons-scies est pourtant interdit depuis 2007 par la Convention de Washington (CITES).

Bien que menacé, le poisson-scie est également la preuve que la nature est pleine de ressource(s). L’année dernière, des biologistes américains ont observé en Floride, un phénomène étrange. Face à la pénurie de mâles, plusieurs poissons-scies tident femelles se sont reproduites seules.

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