La Journée mondiale de l’océan, un beau geste qui en appelle d’autres

jOURNEE-oceanChaque 22 mars depuis 1994, se tient la Journée mondiale de l’eau. Principalement axée sur l’eau potable, cette journée de sensibilisation du public, évoque également les problèmes liés à l’ensemble des ressources hydrauliques de la planète. Or les océans représentent 96% de l’eau disponible sur la Terre. Il paraît donc évident, qu’ils aient leur propre « Journée mondiale ». Tous les 8 juin, chaque pays consacre 24h à informer sa population sur l’importance des océans et les impacts des activités humaines. Cependant, aucune action concrète et rapide, n’est mise en oeuvre à l’échelle internationale.

Une idée émise en 1992, concrétisée en 2009

Du 3 au 14 juin 1992, a lieu le troisième sommet de la Terre, le sommet de Rio ou Conférence des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement. Les 110 chefs d’Etats (178 pays) présents décident de créer la Déclaration de Rio sur l’Environnement et le Développement. Ce texte, rédigé sous-forme de 27 principes, donne une définition plus précise du développement durable et appuie sur l’importance des liens entre les humains et leur environnement.

Les dirigeants des gouvernements adoptent également un programme d’action pour le XXIe siècle : Agenda 21. Il contient plus de 2500 recommandations pour réaliser les principes édictés dans la déclaration. Enfin, c’est aussi pendant le sommet de la Terre de Rio de Janeiro que les Nations unies ont l’idée de créer des Journées mondiales de sensibilisation aux problèmes environnementaux.

Parmi les thèmes proposés, l’eau s’impose comme le plus important. Primordiales à la vie, vitales dans les domaines de la santé, les ressources en eau sont également capitales dans le développement économique, social et humain. Plus d’1,5 milliards de personnes sont aujourd’hui employées dans des secteurs liés à l’eau. La question des mers et des océans est aussi soulevée. L’eau de pluie et l’eau potable, le climat mais aussi la nourriture et l’oxygène sont fournis et régulés par les océans qui couvrent 70% de la planète.

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Accès à l’eau potable et aux services sanitaires dans le monde. Cartes réalisées par Philippe Rekacewicz pour Le Monde Diplomatique (mars 2008).

Si la Journée mondiale de l’eau est célébrée dès 1994, ce n’est pas le cas de la Journée mondiale de l’océan. Pourtant, l’association internationale Réseau Océan Mondial est soutenue par la Commission océanographique des Nations Unies depuis le Sommet de Rio. Entre 2002 et 2003, des organisations non-gouvernementales, des musées et des aquariums du monde entier lancent une pétition via Le Réseau Océan Mondial.

Le public est touché, se sent concerné par l’avenir des océans. La ferveur populaire et associative relancent les Nations Unies sur le rôle fondamental des océans et la nécessité de leur accorder une journée de sensibilisation à l’échelle mondiale. Cette dernière est officialisée par les Nations Unies en 2008. L’année suivante a lieu la première édition de la Journée mondiale de l’océan.

L’occasion de provoquer une prise de conscience

En fonction de leur contexte économique, social et politique, les Etats consacrent des actions de sensibilisation auprès du public plus ou moins importantes. Le plus souvent, les musées et les aquariums organisent des conférences, des tables-rondes, des séminaires, et des expositions liées à la protection des océans et à la gestion de leurs ressources. Le but est d’inciter la population à agir individuellement et collectivement en les informant.

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Depuis 2011, le XL Catlin Seaview Survey photographie les fonds marins, apportant ainsi de nombreuses informations aux scientifiques. Il permet également aux internautes d’explorer les océans virtuellement via Google. Source : Futura-sciences.com

La Journée mondiale de l’océan est l’occasion de rappeler que seulement 1% des mers et océans sont protégés. Or c’est là que se trouve entre 50% et 80% de la vie sur Terre. La valeur marchande des ressources maritimes et côtières représente 5% du PIB mondial.

Les activités humaines sont responsables de l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère. Les océans absorbent 25% chaque année, réduisant ainsi l’impact sur le climat du gaz à effet produit par la pollution humaine. Ils sont également la première source de protéines au monde.

Plus de 2,6 milliards de personnes dépendent des océans pour leurs besoins en nutriments. La pêche et ses secteurs équivalent à 200 millions d’emplois. Quant aux récifs coraux, ils sont aussi bien une source d’émerveillement que de renseignements pour la médecine et la pharmaceutique. Des chercheurs de l’Institut océanographique y ont d’ailleurs trouvé des molécules utilisées dans le traitement du cancer.

L’être humain n’a exploré que 3% des fonds marins et 10% des océans, mais 40% sont lourdement endommagés par ses activités : pêches massives, destruction des habitats côtiers, des récifs coraux, des mangroves, pollution globale, introduction d’espèces envahissantes. Pour les citoyens lambdas, difficile d’agir face à ces problématiques qui les dépassent. Certaines initiatives parviennent quand même à voir le jour.

Boyan Slat, néerlandais d’une vingtaine d’années, imagine en 2013 un aspirateur géant pour nettoyer les océans de leurs plastiques. Aujourd’hui fondateur de l’organisation Ocean CleanUp, Boyan Slat espère déployer des filets de 100 kilomètres dans l’océan Pacifique d’ici 2020. En attendant, un premier test doit être effectué en juin 2016, dans la mer du Nord, à 23 kilomètres des côtes néerlandaises. Un second test sera fait entre 2016 et 2017 au large de l’île de Tsushima, entre le Japon et la Corée du Sud, une zone réputée pour sa quantité de plastiques.

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Le dispositif imaginé par Boyan Slat pour nettoyer les océans de leurs déchets plastiques.

Pour Marco Simeoni, le président de la fondation suisse Race for Water, le projet de Boyan Slat est séduisant mais irréaliste et n’est pas viable à long terme. L’année dernière, Race Water a mené une expédition scientifique de neuf mois sur les océans Pacifique, Atlantique et Indien. Le rapport démontre que les débris plastiques sont trop nombreux ou trop petits (certains sont inférieurs à 5 millimètres) pour être récupérés. Selon Marco Simeoni et sa fondation, la meilleure solution serait de transformer ces plastiques en électricité.

Race for Water est actuellement en négociation avec une entreprise spécialisée dans la gazéification (elle souhaite rester anonyme pour l’instant). Le coût d’un modèle expérimental est évalué à 5 millions de dollars. Si aucune action concrète n’est faîte, d’ici 2050, il y aura plus de plastiques que de poissons dans la mer.

Responsabilités et rôles des gouvernements et des industriels

La pêche est la première cause de pollution et de destruction des eaux maritimes et des fonds marins. Les subventions accordées aux géants de la pêche favorisent inévitablement la dégradation des océans. Elles paralysent les efforts entrepris pour protéger et conserver les espèces mais aussi les pêcheries locales. Ces dernières souffrent d’un manque à gagner de 50 milliards de dollars par an.

Les politiques et les industriels ont aussi leurs responsabilités et un rôle à tenir dans la protection et la préservation des océans. Ils sont les seuls à pouvoir financer les projets, recherches, inventions des scientifiques. Ce sont également eux qui peuvent agir directement et rapidement sur les lois nationales et internationales, ainsi que sur les marchés.

Lundi 28 mars, 196 dirigeants d’Etat avaient rendez-vous à New-York pour préparer la création d’une législation de l’espace océanique planétaire (soit 55% de la Terre), univers de quasi non-droits.

Les sujets traités sont sensibles : le partage des ressources génétiques marines et des savoirs nécessaires à leur exploitation entre pays du Nord et du Sud, l’obligation d’effectuer des études pour évaluer l’impact de l’exploitation au niveau environnementale, la création d’aires marines protégées à plusieurs milliers de kilomètres des côtes. L’objectif est de mettre en place un outil juridique international pour la protection et l’utilisation durable de la biodiversité des océans.

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Récapitulatif des différentes zones maritimes et des législations nationales et internationales. Source : La-Croix.com

D’après une étude parue dans la revue Conservation Letters, 30% des océans doivent impérativement être protégés en raison de la richesse et de la fragilité de leur biodiversité. C’est notamment le cas d’Hawaï et de Madagascar.

Les ONG sont décidées à affirmer leur volonté de créer de plus en plus de zones protégées strictement réglementées. Une ambition non partagée par la France et l’Union Européenne. Le groupe des pays en développement appuient sur la nécessité du partage des ressources. Les Etats-Unis, le Canada, et le Japon regardent et attendent. Trois autres rencontres sont prévues entre 2016 et 2017. Les propositions faîtes par les Etats seront ensuite étudiées par l’Assemblée générale des Nations unies.

Le processus paraît long, mais c’est une véritable innovation. Ces rencontres internationales démontrent une véritable prise de conscience et un intérêt pour les enjeux liés à l’océan, et pour les convoitises qu’ils suscitent. La Journée mondiale de l’océan est salutaire, mais insuffisante sans des actions politiques, citoyennes, quotidiennes et durables.

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